Du 19 septembre 2026 au 17 janvier 2027, l’Institut du monde arabe-Tourcoing invite le public à découvrir l’univers singulier du photographe libanais Serge Najjar, à travers une exposition consacrée à sa vision du Liban, entre photographie, architecture et abstraction.
Né à Beyrouth en 1973, Serge Najjar s’est fait connaître grâce à un regard particulièrement personnel porté sur son environnement urbain. Autodidacte, il commence notamment à photographier avec son smartphone avant de se tourner vers la photographie argentique. Son travail connaît rapidement une reconnaissance internationale, notamment avec une nomination au prix Pictet en 2011, puis le prix Photomed. En 2017, l’une de ses photographies est également choisie par Apple pour une campagne mondiale consacrée à l’iPad Pro.
Loin des images traditionnelles généralement associées au patrimoine libanais, Serge Najjar s’intéresse aux chantiers, aux immeubles, au béton et aux formes géométriques de la ville.
Sous son objectif, les murs, les façades et les structures en construction deviennent des compositions graphiques où se rencontrent lignes, angles, textures, ombres et couleurs. Le béton, souvent perçu comme un matériau froid ou banal, prend alors une dimension presque picturale.
Ses photographies peuvent ainsi évoquer l’univers de grands maîtres de l’abstraction géométrique tels que Piet Mondrian, Kasimir Malévitch ou Vassily Kandinsky, tout en conservant une identité propre. Serge Najjar ne transforme pas ses sujets : il les observe et révèle ce que le regard quotidien ne remarque plus.
Face aux images de Serge Najjar, une question revient naturellement : regarde-t-on une photographie ou un tableau ?
Les compositions jouent avec la profondeur, les superpositions, les matières et les perspectives. Pourtant, aucune mise en scène ni retouche ne vient fabriquer artificiellement ces images. Le photographe capture ce qui existe déjà, au moment précis où les éléments de l'architecture composent une image inattendue.
Cette approche s'inscrit dans une tradition photographique où le regard de l'artiste transforme la réalité sans nécessairement la modifier. Une présence humaine, un ouvrier traversant un chantier ou un détail architectural peuvent suffire à faire naître une composition nouvelle.
Derrière l’esthétique très graphique de ces photographies se dessine également une dimension profondément humaine.
Les ouvriers présents sur les chantiers ne sont pas de simples silhouettes dans les compositions. Leur présence rappelle la réalité sociale qui accompagne ces paysages urbains, notamment celle de travailleurs étrangers, parmi lesquels de nombreux Syriens et Égyptiens.
L’architecture devient alors un décor vivant, tandis que les hommes qui la construisent viennent redonner une échelle humaine à ces imposantes structures.
Le travail de Serge Najjar prend une résonance particulière dans le contexte de l’histoire contemporaine du Liban.
Dans un pays profondément marqué par les conflits, les destructions et les reconstructions successives, les bâtiments photographiés deviennent les témoins silencieux d’un territoire en perpétuelle transformation.
Entre béton brut, constructions inachevées et architectures qui semblent suspendues dans le temps, ses images racontent un Liban qui se reconstruit et se réinvente. Chaque photographie semble ainsi se situer entre deux moments : ce qui a été détruit et ce qui est encore à construire.